Hypnose et neuroscience : un dialogue fructueux et sécurisant.
Luc Farcy, Psychiatre, luc.farcy@free.fr
Article écrit en référence pour la formation donnée à Emergences à Rennes en mars 2009.
Cet article a pour objectif de définir la spécificité de l'état d'hypnose selon les mécanismes cérébraux connus de la conscience.
Le parallèle fait avec différentes fonctions cérébrales permettra d'imaginer comment agit, au niveau cérébral, une induction hypnotique, l'état hypnotique lui-même et les suggestions métaphoriques.
De suivre des lignes simplifiées de compréhension des différents états pathologiques permettra de construire des concepts simples de l'utilité de l'hypnose dans les situations de souffrance psychique chronique.
Selon mon expérience, il est utile de se démarquer des pratiques magico-religieuses. Les effets sont proches. On se réfère facilement aux guérisons miraculeuses. Nous savons aujourd'hui que la pratique régulière d'un rite religieux, quel qu'il soit, dans la société nord américaine, prolonge l'espérance de vie de 6 à 8 ans.
Cependant l'engagement est totalement différent. Le guérisseur ou le chamane engage sa vie, toute entière, dans son initiation et dans sa fonction (Bertrand Hell).
Selon mon expérience, l'hypnose se pratique dans les domaines du soin. Le soin a quitté le champ sacré dans notre société. Il appartient au domaine profane. L'hypnose appartient au domaine profane.
Dans cette logique, je préfère ne pas parler de transe hypnotique mais d'état hypnose. Je réserverai, pour ma part, le mot « transe » aux états induits par les pratiques shamaniques et religieuses relevant du domaine sacré.
Je ne récuse pas le processus relationnel, créatif, qu'induit la pratique de l'hypnose mais je préfère centrer la réflexion sur l'état psychique caractéristique de l'état d'hypnose. Cette préférence est motivée par un souci de reconnaissance de notre pratique. Je propose de définir l'état d'hypnose en tant qu'état spécifique de conscience.
Cet état se caractérise par un « sommeil nerveux » et un éveil psychique. Il s'agit du « neurology hypnosis » de Braid. Lui-même découle du mesmérisme. De la pratique d'Anton Mesmer dont le projet était de faire reconnaître les effets du « magnétisme » par l'Académie de Médecine. C'est dans son acharnement à maintenir ses présupposés théoriques qu'il a échoué à faire entrer sa pratique dans le champ académique des soins. Mais la commission d'expertise avait reconnu la réalité des effets de cette pratique. Elle en avait justement reconnue la source, l'imagination de la personne expérimentatrice (P. Bellet).
C'est par Charcot, malgré toutes les réserves qui découlent de ses positions, que l'hypnose a pu faire son entrée académique à la fin du XIX siècle. Erickson l'a maintenue comme objet et moyen d'étude scientifique d'influence mondiale au décours du XX siècle ; Chertok l'a fait à Paris suivi par D.Michaux.
P. Rainville et M.E. Faymonville dans leurs recherches sur l'hypnose dans le traitement des informations douloureuses préservent à l'heure actuelle cette position universitaire.
Cette reconnaissance académique contribuera à nous faire travailler dans une plus grande sécurité.
Les neurosciences prennent, à l'heure actuelle, une place importante dans les recherches psychiques. Il me semble utile de tenir compte de ce qu'elles apportent.
A-La conscience
L'état d'hypnose peut se comprendre en suivant les efforts actuels pour saisir ce qu'est la conscience.
Selon J.P.Changeux et S.Dehaene
Deux conditions préalables doivent êtres présentes pour qu'il y ait traitement conscient d'une information:
-un niveau de vigilance adéquat.
-une activation de « bas en haut » suffisante ; c'est-à-dire l'observation d'une réponse dans les aires sensorielles primaires et secondaires.
Mais cette réponse ne suffit pas à faire accéder un stimulus à la conscience puisque des sujets peuvent montrer par exemple une activation des aires visuelles extrastriées et nier avoir vu.
Une troisième condition pour accéder à la conscience est une activation des cortex associatifs. Ceci grâce à ces neurones, le plus souvent pyramidaux, aux longs axones qui créent une réverbération entre assemblées neuronales distantes.
L'accès à la conscience est une propriété systémique du système nerveux qui semble entré dans un état de résonance.
Si le signal est trop faible, le traitement de l'information reste localisé dans un processus inconscient et se dissipe rapidement ; cela correspond à l'état subliminal qui demeure inconscient puisque le niveau d'activation reste sous le seuil nécessaire pour entrer dans les boucles d'auto-amplification de l'espace de travail conscient
Si l'activation est assez forte pour se répandre dans plusieurs régions sensori-motrices spécialisées, mais que l'attention n'est pas orientée vers ces stimuli, alors l'information demeure inaccessible à la conscience ; cela correspond à l'état préconscient, un état qui peut devenir conscient s'il subit une amplification, suffisante, de haut en bas, par captation de l'attention.
Ainsi un stimulus peut devenir conscient :
-en orientant notre attention de manière volontaire vers un état préconscient
-si le signal est fort et inattendu et qu'il pénètre de force dans l'espace de travail conscient.
Le premier cas (activation « de haut en bas »), serait par exemple l'attention que l'on décide de porter à une conversation voisine dans un cocktail.
Le second (activation « de bas en haut ») serait ce qui se passe lorsque quelqu'un prononce votre nom ou crie « Au voleur ! » dans le même cocktail.
La transition entre préconscient et conscient est abrupte comme pour tout système dynamique non linéaire et auto amplifié.
Cette transition s'accompagne systématiquement de l'apparition d'une activation pariéto-frontale et cingulaire antérieure (J.P.Changeux).
Lorsque cette activation atteint plusieurs aires associatives richement interconnectées se produit une réverbération dans l'espace de travail, disponible pour un temps beaucoup plus long que la durée du stimulus initial ; une propagation rapide dans plusieurs systèmes cérébraux spécialisés.
Contrairement à la distinction binaire entre non conscient et conscient, ce modèle, qui subdivise l'état non conscient en subliminal et préconscient, donne lieu à une classification en trois états distincts.
L'hypnose est-il un état conscient ou préconscient ou subliminal ? Ou peut-il être chacun d'eux ?
Des phénomènes comme la cécité attentionnelle montrent que même avec une activation préconsciente importante, un stimulus peut demeurer inconscient si on ne lui porte pas attention.
L'attention est donc le processus discriminant.
L'état d'hypnose est induit par l'orientation de l'attention.
Une attention orientée sur des phénomènes préconscients voire subliminaux, leur permet d'accéder au statut d'informations auto amplifiées donc conscientes.
L'hypnose est induite par l'orientation de l'attention sur ces phénomènes ; « portez votre attention sur comment votre circulation circule, sur comment votre respiration respire ».
Ceci a pour conséquence un élargissement, créatif, de l'espace de travail neuronal conscient et une mobilisation, inhabituelle mais dispendieuse, de ressources cérébrales.
Une activation multifocale de la conscience conduit à un épuisement attentionnel puis une perte du traitement conscient des informations.
Plusieurs objets psychiques se maintiendraient disponibles, de façon équivalente, à la focalisation attentionnelle. Aucun ne prenant le dessus, il y aurait perte de conscience lorsque toutes les ressources attentionnelles seraient mobilisées.
Une activation très intense et équivalente de quelques processi préconscients produirait le même épuisement attentionnel ; « soyez attentif à observer comme vous souffrez profondément ; soyez aussi attentif à observer cette douleur de votre dos, plus particulièrement cette zone la plus intensément douloureuse ».
Ce phénomène peut, aussi, rendre compte de ce qu'on appelle la dissociation qui traduit la perte du caractère unitaire, univoque, labile et exclusif du traitement conscient des informations.
L'état d'inconscience naturel atteint lors de la conduite d'une voiture sur un chemin ordinaire illustre ce phénomène.
L'attention quitte, peu à peu, les informations issues de la route pour se porter sur les objets psychiques internes. La conduite entre dans un processus préconscient plus automatique. Tandis que d'autres objets circulent dans l'espace conscient. Il y a maintien, en parallèle, de plusieurs processi psychiques, dont un, soutenu par l'attention, est dans l'espace conscient.
Parfois rien ne semble conscient lorsqu'un danger remobilise, rapidement, l'attention et les ressources de réaction. Nous étions, il y a peu, attentif à se remémorer le souvenir lié à ce passage particulier de la route. Et aussi, attentif à écouter ce discours attractif diffusé par la radio. Et aussi, attentif à penser à vérifier la pression des pneus au prochain péage. L'ensemble produit une sorte de rêverie floue, un engourdissement agréable, une sensation de flottement sans frottement et une totale distorsion de la perception du temps. Il s'en suit une amnésie, naturelle et facile, de toutes ces informations.
Un état que nous appelons hypnose spontanée et naturelle. Il ya bien d'autre exemple comme l'état atteint au décours d'un examen ou dans un cours suffisamment long et instructif ou au cinéma. Lars Von Strier a exploré d'ailleurs ce lien si fort entre l'hypnose et le cinema.
Donc l'état d'hypnose est induit par l'orientation de l'attention sur des objets psychiques multiples. Il en découle un état dissociatif. Il est d'abord conscient et, plus ou moins, volontaire. Puis de plus en plus involontaire et inconscient, soutenu par des proccessi automatiques.
Atteint-il alors un état qui traduit l'ouverture d'un espace de travail neuronal préconscient ?
Atteint-il un tel niveau d'automatisme et de dissociation que cet espace de travail neuronal puisse n'être que subliminal ?
Il sera facile de vérifier ces hypothèses.
Cet état d'hypnose s'appuie sur une activation dispendieuse d'aires cérébrales multiples et peu hiérarchisées. Ce qui a pour conséquence de perdre la pertinence économique et rapide de l'intégration contextuelle ordinaire, spontanée et univoque, des informations. La perte du caractère unitaire et discriminant de la conscience aboutit à maintenir en parallèle plusieurs objets de conscience ou de pré conscience ou subliminaux. Un état dit dissociatif.
Il s'en suit une forme de vulnérabilité comme la perte des réflexes posturaux ou une lenteur de réaction ou une amnésie ou une distorsion de la perception du temps ou même une catalepsie.
Cette vulnérabilité doit être sécurisée. Elle est à manier avec prudence.
Utiliser l'hypnose réclame une formation solide, sérieuse et supervisée.
Je me rappellerai toujours de ce jeune homme, interne en psychiatrie, qui, cherchant à découvrir la matière palpable de l'état d'hypnose, nous a amené dans une situation extraordinaire.
A la minute où il entrait confortablement dans son état d'hypnose, les murs se sont mis à trembler. Selon le principe utilisationnel d'Erickson, je lui proposais d'intégrer dans son expérience ces éléments précis du contexte comme le bruit de vibration anormale de la climatisation comme une sorte d'hélicoptère qui pourrait l'emmener loin.
Il s'agissait du tremblement de terre qui a touché la Martinique en 2007.
Tranquillement, j'ai dû lui proposer d'accepter qu'il s'agissait aussi, peut-être, d'un tremblement de terre qui l'obligeait à retrouver en toute sécurité l'ensemble de ses moyens ordinaires de conscience. Avec tout le temps qui lui était nécessaire, tout son temps personnel utile, afin de retrouver rapidement, le temps ordinaire qui nous permettra en toute sécurité, d'évacuer tranquillement, mais, prestement la pièce puis les bâtiments...
Ce que nous fîmes en toute sécurité. Il avait enfin touché, indubitablement, la force possible de son état d'hypnose. Ce synchronise incroyable qui ne manque pas de se produire au décours d'une séance d'hypnose. Il semblait avoir réveiller les forces telluriques.
Selon Gerald Edelman
La conscience primaire fait appel à une mémoire à court terme qui rend possible le « présent remémoré ».
Lorsqu'un stimulus est reçu, il y a formation de cartes perceptuelles constituées d'assemblées de neurones dont les connexions réciproques sont renforcées. Un système de « cartes neuronales », chacune responsable de nos différentes possibilités perceptuelles, qui sont issues d'un processus de construction sélectif appelé « Darwinisme neuronal ».
La conscience primaire naîtrait de l'interaction de différentes assemblées neuronales codant pour différentes propriétés d'un objet.
Interaction qui se ferait surtout par l'entremise de connexions réciproques formant des boucles qui peuvent unir des groupes de neurones parfois très éloignés dans le cerveau.
La conscience primaire dépendrait à chaque instant de l'activité parallèle et récursive à l'intérieur et entre des régions du thalamus et du cortex : des boucles thalamo-corticlales.
La conscience d'ordre supérieur, qui émerge durant l'hominisation, dépendrait elle aussi de ces «boucles réentrantes» entre des assemblées de neurones.
Mais à plus grande échelle, en particulier entre les aires corticales associées au langage et celles associées aux concepts abstraits.
L'explosion des capacités sémantiques qui s'ensuit permettrait alors l'émergence du concept de soi, et donc la considération de la conscience primaire à la lumière du passé et du futur
L'émergence d'une conscience d'avoir conscience, la définition de la conscience d'ordre supérieur.
Un «noyau dynamique», c'est-à-dire une vaste assemblée de neurones en réarrangement constant, mais qui maintient une continuité capable d'intégration à travers la complexité.
Le noyau dynamique permettrait de rendre compte du fait qu'à tout moment, il n'y a qu'un seul objet conscient, mais que la conscience peut passer très rapidement d'un objet à l'autre.
L'hypnose serait le résultat d'une orientation de l'attention vers les perceptions et l'état de fonctionnement psychique et physiologique présent, ici et maintenant ; « portez votre attention sur votre respiration telle qu'elle respire, sur votre ventre telle qu'il digère le repas de ce midi... ».
Il s'en suivrait une rupture du processus d'amplification sémantique produisant l'état de conscience supérieur ; un accès à un état de conscience primaire ; avec la perte momentanée de la capacité d'être conscient d'être conscient ; un accès à un état susceptible de mieux tenir compte des valeurs physiologiques vitales. Un état capable de créer de profonds rééquilibrages.
L'état de conscience primaire serait alors une traduction moderne du « magnétisme animal ».
Selon Rodolfo Llinas
Llinas a observé des oscillations en phase qui parcourent le cortex de sa partie antérieure à sa partie postérieure. Chacune de ces ondes dure environ 12.5 millisecondes (ms) et est suivi d'un repos de 12.5 ms, pour un temps total de 25 ms pour un cycle. Ce cycle se produit donc environ 40 fois par seconde.
Il a mis en évidence un double système intégratif.
Le système de projections thalamo-corticales diffus qui oscille à 40 Hz fournirait un «contexte» à la perception consciente.
Le système qui relie les noyaux thalamiques spécifiques à ceux des aires corticales spécialisées correspondantes contribuerait à la liaison des différents attributs d'un même objet constituant du contexte.
Les assemblées de neurones qui correspondent à un contenu conscient sont celles qui oscillent en phase non seulement entre elles pour lier ensemble les différentes caractéristiques d'un objet, mais qui oscillent en plus en phase avec le balayage oscillatoire non spécifique.
Elles surviennent continuellement durant l'éveil et le rêve mais pas durant le sommeil profond.
On observe par exemple une robuste activité neuronale autour de 40 Hz durant l'éveil, lorsque le sujet s'adonne à une tâche cognitive quelconque.
Durant l'éveil, les deux familles d'oscillateurs sont donc couplées, et les circuits spécifiques répondent aux signaux externes.
Durant le rêve, ils sont couplés, mais les noyaux spécifiques ne répondent pratiquement pas aux signaux externes. Les contenus conscients proviennent du système nerveux interne, des souvenirs emmagasinés, des apprentissages réussis ou pas, des informations perçues à court terme.
Dans le sommeil profond, les deux familles d'oscillateurs sont découplées et il n'y a pas de contenus conscients.
Un son strident va, chez l'être humain éveillé, interrompre l'onde de balayage non spécifique et en faire partir une nouvelle.
Durant le sommeil paradoxal, ce même son va produire une réponse corticale mais sans remettre à zéro l'onde de balayage.
Ceci pourrait correspondre au fait qu'un tel stimulus va attirer notre attention consciente quand on est éveillé mais pas quand on est en sommeil paradoxal, encore moins durant le sommeil profond où l'onde de balayage est absente ou considérablement réduite.
Une personne qui marche dans la rue en réfléchissant.
Son cerveau génère alors des oscillations à environ 40 Hz.
Tant que les représentations mentales s'accordent avec l'environnement extérieur, le cerveau continue de mettre la scène à jour selon un rythme stable.
Si un chien menaçant aboie, le cycle de 40 Hz est abruptement remis à zéro pour incorporer le nouveau stimulus dans l'ensemble de la scène pour que la nouvelle information puisse être prise en compte.
L'état d'hypnose serait un état particulier tenant du sommeil paradoxal et de l'éveil, avec :
-Maintien de l'état psychique à traiter dans le système des relations thalamo-corticales d'éveil, « observez attentivement votre anxiété. Observez comment votre ventre réagit à cette anxiété, comment les muscles de l'avant bras droit, dans leur partie externe, réagissent à cette anxiété...»;
-Indifférence aux stimuli externes et inhibition motrice;
-Activité psychique intense centrée sur les ressources internes ; sur des réseaux internes spécifiques centrés sur les mémoires, les apprentissages viscero-moteurs, l'imagination et les pensées, en phases avec l'état douloureux.
-Activité intense maintenue jusqu'à la résolution, la vérification et la consolidation des changements constatés.
-Recalage conscient avec le contexte de vie présent et réappropriation des moyens ordinaires d'intégration consciente des informations externes.
-La réassociation.
-La sortie de l'état d'hypnose.
Ça expliquerait le « sommeil nerveux » qui correspondrait à l'activation inhibitrice des noyaux réticulaires du thalamus et à un ralentissement des mouvements d'échanges thalamo-corticaux ; aboutissant au filtrage des apports sensoriels et à l'inhibition motrice.
L'EMDR pourrait probablement trouver ici une justification aux mouvements alternatifs qui permettraient de rappeler des souvenirs et les rattachés au processus réparateur en cours dans ces mouvements constants d'intégration thalamo-corticaux spécifiques et aspécifiques.
B-Les mémoires
Sans entrer dans des détails fastidieux qui nous feraient perdre le fil de notre conscience appelons ces quelques objets conceptuels à être sous notre attention.
Selon M.Conway, la mémoire autobiographique est un processus de reconstruction dynamique.
Sur une échelle de 10 ans, les informations sont des idées générales de lieux, d'acteurs et de buts ; en jours en mois, apparaissent des épisodes répétés, ou, uniques de plus 24h ; en seconde en heures, les éléments autobiographiques prennent la forme d'images, de sentiments ou de perceptions.
Lorsqu'on interroge une population de personnes d'une cinquantaine d'année deux types de souvenirs autobiographiques sont rapidement accessibles. Les évènements récents de moins de trois mois et les évènements anciens survenus de 6 ans à 25 ans. Les événements de la période intermédiaire semblent ne pas être spontanément disponibles. Ils demandent un plus grand effort de rappel comme s'ils n'appartenaient pas à l'image autobiographique immédiate.
La récupération d'un souvenir se fait d'abord selon un point de vue général puis apparaissent les détails phénoménologiques.
Parfois le rappel est direct à partir d'une sensation (une odeur...).
Le canal visuel semble être le plus efficace à rappeler les détails.
Pour des événements récurrents, on retient d'abord les détails puis on généralise au fil des répétitions pour en garder une trace plus générale, plus abstraite. C'est la sémantisation des souvenirs. La répétition est de source interne ou externe.
P.Piolino montre que la mémorisation épisodique se met en place après 6 ans.
Ces faits nous aideront à organiser une régression en age, à utiliser les propositions adéquates dans l'évocation de moments spécifiques, à observer les recombinaisons autobiographiques et à être attentif à la sémantisation de l'expérience.
Les émotions renforcent la dimension contextuelle de l'événement.
Les personnes émotionnellement peu réactifs sont moins sensibles au renforcement émotionnel des souvenirs.
Le renforcement émotionnel, surtout positif, agit sur la phase de consolidation ; exemple des anxieux qui ne parvenant pas à mémoriser les évènements positifs renforcent leur anxiété.
La mémoire est intimement liée à l'identité.
Ceci nous aidera à oser éveiller et utiliser les émotions dans la réorganisation des états intérieurs.
Formation et consolidation des souvenirs.
L'impulsion électrique a le pouvoir de remodeler en permanence les circuits neuronaux grâce à la plasticité cérébrale.
L'information est d'abord codée sous forme de motifs d'activité de neurones qui changent dans le tps et l'espace.
Une telle carte d'activation est formée des trains d'impulsions électriques rythmées qui se propagent de neurones en neurones, en réseau.
L'encodage des cartes d'activité se fait par l'organisation spécifique des neurones qui déchargent, de façon spatiale et temporelle (fréquences, rythmes et cohérences).
Ces motifs d'activité se propagent aux aires associatives où se combinent les informations en provenance des différentes modalités sensorielles.
L'ensemble complexe de ces informations forme un souvenir qui est perçu comme un tout.
La réalité perçue est fractionnée et encodée dans un référentiel neuronal.
Les différents types de mémoires correspondent à des structures et des circuits spécifiques en interaction.
Mémoires Sémantique, épisodique, procédurale motrice ou cognitive, mémoire de travail qui permet de gérer en tps réel les informations reçues et d'organiser les actions.
Des régions spécialisées vont ajouter une valeur émotionnelle à ces souvenirs, contrôler les intentions, former des représentations symboliques.
Travailler sur les états internes c'est donc proposer des réorganisations de réseaux neuronaux en s'appuyant sur l'émergence de secteurs cérébraux spécifiques plus ou moins actifs.
Potentialisation à long terme, ce processus est fragile, sensible et réclame du temps, plusieurs heures ou jours
Il peut se perdre si la consolidation ne se produit pas ou si quelque chose l'interrompt (par exemple un traumatisme crânien).
Les modifications initiales servent de panneaux indicateurs pour réactiver le circuit en cours de construction lors du rappel du souvenir.
Les synapses modifiables sont sensibles au Glutamate.
En condition normale le récepteur AMPA est activé et stimule le neurone post synaptique.
Si les décharges du premier neurone sont intenses le neurone post synaptique est fortement stimulé de sorte que le récepteur NMDA est activé.
C'est ce récepteur qui est à la source de la neuroplasticité.
Le canal ionique formé par la liaison récepteur-NMDA s'ouvre et laisse entrer le calcium qui amorce une modification durable du synapse (E.Kandel)
Lorsque ce rNMDA est bloqué, il se produit un déficit d'apprentissage.
Le Calcium stimule des kinases qui provoquent des phosphorylations en cascades qui amènent une conservation du signal.
(Ex : la calmoduline kinase II, kinases A ou C ou MAP kinases)
Effet feedback positif sur rAMPA et mobilisation d'autres synapses ; il s'agit du processus de potentialisation à long terme auquel fera suite les phénomènes de consolidation. La consolidation aboutie à l'activation génétique de production de protéines stable assez proche des prions.
Potentialisation à long terme, consolidation et rappels sont donc les phases à respecter pour renforcer et consolider les changements observés (ref E. Rossi).
Neurogenèse
Bulbe olfactif et girus dentelé de l'hippocampe sources de jeunes neurones qui migrent en 2 semaines pour prendre toute leur place dans les réseaux existants. I existe donc une période sensible de 2 à 4 semaines où les neurones jeunes sont particulièrement sensibles aux apprentissages nouveaux.
Il sera utile de s'en inspirer pour observer et respecter des périodes d'intégrations des changements
Effacer ou rendre indisponibles des souvenirs ; l'injection d'un inhibiteur protéique pendant, ou juste après, le rappel d'un souvenir consolidé l'efface si un second rappel n'arrive qu'au-delà de 24 h. Tout se passe comme si les traces mnésiques devaient êtres rappelés avant 24 h pour êtres consolidés. Sous peine d'être effacées.
Il semble devoir à nouveau remobiliser une partie de la cascade moléculaire de consolidation (ex Zif268) lors d'un rappel d'un souvenir sous peine de l'effacer.
Est-ce pour y incorporer de nouvelles dimensions qui enrichissent le souvenir ?
Il est donc possible d'effacer et de recomposer les souvenirs.
Mémoire et sommeil selon P.Maquet
Apprentissage, consolidation et rappel sont les trois phases fondamentales de la mémoire.
Le sommeil renforce la trace mnésique et la protège des interférences.
La mémoire émotionnelle et l'encodage à long terme sont également renforcés par le sommeil.
Il favoriserait la généralisation des acquis.
La résolution d'un problème est deux fois probable lorsqu'on laisse une période de 12h avec sommeil.
Les effets du sommeil s'appliquent aussi aux apprentissages perceptifs et moteurs.
Les gains en performance après des apprentissages visuo-moteurs sont proportionnels à la profondeur du sommeil lent (ondes amples et de basses fréquences).
Un apprentissage visuel perceptif est renforcé par une sieste de 90 mn qui comporte une phase de S.lent et une de S. paradoxal.
Certaines tâches motrices simples ne réclament pas de sommeil pour se renforcer.
Les phases de consolidation commencent aussi pendant l'éveil.
Quoiqu'il en soit un encodage de bonne qualité est toujours nécessaire.
Le rêve ne semble pas correspondre à un rappel de souvenir ni intervenir dans la consolidation
Les régions hippocampiques et corticales ne se mobilisent lors d'un rappel que si les volontaires ont pu dormir après l'encodage
Les répétitions de séquences surviendraient préférentiellement durant le sommeil lent dont les fuseaux et les ondes lentes sont intimement liés à la mémoire
La densité des fuseaux augmente après apprentissage de liste de mots et l'induction d'ondes lentes par la stimulation magnétique transcrânienne améliore leur mémorisation.
Il se pourrait que le sommeil permettre un calibrages de la puissance synaptique moyenne pour éviter une dépense énergétique trop grande avec trop de synapses potentialisé.
Un apprentissage particulier est accompagné d'un sommeil plus profond dans les aires spécifiques concernées par cet apprentissage
La mémoire du passé et la mémoire du futur (prospective) constituent deux facettes d'un même processus (mêmes aires corticales activées).
L'aptitude à créer un scénario du futur est liée à la mémoire autobiographique. Lorsqu'elle défaille, elle ne permet plus que des récits appauvris, généraux, impersonnels, faits de lieux communs.
Il est donc essentiel d'être attentif à la qualité du sommeil et de bien placer les phases d'expériences qui doivent être intégrées.
Après ce long inventaire factuel, peut-être pas inutile, résumons notre cheminement.
Comprendre les processi de la conscience nous guide dans la compréhension possible de ce qu'est l'état d'hypnose ; un état de conscience spécifique créatif mais vulnérable.
Chaque expérience humaine est intimement liée à la mémoire. Nous en avons revu des principes fondamentaux. L'hypnose est une proposition de recomposition autobiographique, un peu comme un sommeil réparateur.
C-Etats Physio-Neurologiques
Rappelons, à présent, les états physio-neurologiques proches de l'hypnose afin qu'ils puissent nous servir de supports métaphoriques dans l'exploration de la force hypnotique contagieuse des état douloureux chronique. Ce que j'appelle la fascination morbide.
Ceci dans la perspective de saisir l'importance de mettre en route, rapidement, des réactions de contre fascination thérapeutique. De sorte que les forces douloureuses pourront êtres retournées puissamment en force de changement et d'apaisement.
Parfois au prix d'une relation qui ressemble à un combat provocateur mais toujours bienveillant. Car c'est mettre en ½uvre des procédures de réparation et de changement, quel qu'en soit le prix immédiat, qui fonde notre éthique.
Rien n'est pire dans ces situations de souffrance chronique, où tout a été tenté, où tout semble avoir échoué, que de rester consensuel, conformiste et inefficace.
Voyons maintenant le circuit de la fascination et les variations d'état proche de l'hypnose.
L'éveil
Activité intense désynchronisée et asymétrique (ondes alpha et bêta) prédominante en avant et à gauche des hémisphères ;
Importance du cortex préfrontal, du Cortex Cingulaire Antérieur et du système limbique pour coordonner filtrer mobiliser les flux continus d'informations et créer l'espace neuronal de travail conscient.
Alternance veille sommeil
La veille est l'état où un individu est le plus apte à interagir avec son environnement.
En veille diffuse, les informations sont perçues mais les réactions sont faibles.
En Sommeil léger, l'activité musculaire, le tonus de la tête et les réflexes sont préservés mais les interactions sont faibles.
En sommeil profond, il n'y a plus de réflexes, plus de tonus cervical, plus d'infos sensorielles.
En Sommeil paradoxal, l'activité cérébrale est intense mais les motoneurones et les influx perceptif sont inhibés.
La narcolepsie
L'hypothalamus postérieur cesse de fabriquer l'orexine ; l'orexine stimule le locus ceruleus qui libère l'adrénaline qui maintien le tonus musculaire et inhibe la formation réticulée pontine et les noyaux responsables de l'inhibition des ordres moteurs (neurones à glycine).
L'épuisement d'orexine provoque une baisse brutale du tonus musculaire et la libération des ondes de « rêve » ponto-géniculo-occipitales (N.PGO).
Il s'agit d'un sommeil éveillé, d'un sommeil paradoxal brutal en état de veille. Le stress et les émotions fortes épuisent les réserves d'orexine.
L'hypnose pourrait être une narcolepsie provoquée et maîtrisée avec perte du tonus postural, mise en image facile de l'état cérébral dominant, analgésie et inhibition motrice.
Le sommeil paradoxal (SP)
4 à 5 fois par nuit le SP interrompt le Sommeil Lent.
Sous l'effet d'un générateur dans le tronc cérébral dorsal (syst. REM on) les fibres ascendantes excitatrices se réactivent et désynchronisent l'activité cérébrale globale (ondes alpha et bêta) mais elle reste plus symétrique que lors de la veille (inhibition des afférences sensorielles). Dans le même tps le noyau inhibiteur des efférences motrices s'active, interneurones à glycine (atonie sauf muscles oculaires et extrémité des doigts), ainsi que le noyau PGO (rêves).
Thalamus, hypothalamus, amygdales, système limbique, base du C.Temporal et du C.Orbito-Temporal sont plus actifs que C.PreFrontal et C.Pariétal.
L'activité forte centrée sur lui-même du cortex induit probablement un renforcement des schémas acquis pertinents et une atténuation des schémas incohérents ou peu écologique.
L'hypnose serait un état d'éveil paradoxal empruntant à la narcolepsie ses mécanismes neurologiques amenant rapidement le cerveau à un état d'activité intense centré sur l'immédiat interne dont la spécificité va être traitée de façon aspécifique, inattendue et décentrée, avec engagement des voies visuelles ( N.PGO), inhibition motrice et baisse relative de l'activité du CPF et CP (en particulier le précunéus qui joue un rôle important de la conscience de soi dans l'espace) et mouvements oculaires rapides (REM).
On parlera d'éveil paradoxal, en rappel de l'expression proposée par F. Roustang.
Comparaison hypnose-SP en référence aux travaux de P.Rainville et de ME.Faymonville.
Dans l'état d'hypnose : activité augmentée dans le C.Visuel extrastrié Gauche, C.Occipital Droit, noyaux cerebelleux D, C.Parietal inf, C.PréMoteur, C.PréFrontalventrolatéral, C.Cingulaire Ant Droit; activité diminuée dans C.Temporal D et G, CPF, Précuneus et C.Cingulaire Post, C.préMoteur D, hémisphères cérébelleuses
Dans le SP : augmentation d'activité dans système limbique, thalamus G, amygdales, base des C.Occipitaux et Temporaux ; diminution d'activité dans CPF, précuneus et CCP ;
Donc pas de renforcement de l'activité du thalamus G et des amygdales dans l'état d'hypnose, reflets possibles du filtrage sensoriel et de l'apaisement ressentis en état d'hypnose.
La fascination
Voie visuelle du danger : il existe une voie visuelle, extrastriée, inconsciente et rapide qui engage directement les amygdales, le système limbique et les aires visuelles associatives afin d'activer les réponses cognitives et émotionnelles adaptées face au danger ; les infos perçues sont grossières et achromatiques servant à signaler un danger (par ex expressions faciales émotionnelles) ou à rapidement délimiter une scène.
Il s'agit de la voie magnocellulaire du Corps Géniculé Latéral.
S'agirait-il de la voie de la fascination qui induit en quelque seconde un état viscéral spécifique ? État qu'il est essentiel de savoir décoder pour rapidement mettre en route les mécanismes de résonances à la base de l'empathie.
Exemple de la colère qui se transmet instantanément.
L'autre voie, striée, dite parvocellulaire, est plus lente, plus riche, plus discriminatoire et consciente aboutissant à la voie associative ventrale du « quoi ? » (Aire fusiforme) et à la voie dorsale du « où ? ».
Le circuit de la récompense
Engagement des neurones dopaminergiques de l'aire tegmentale ventrale du tronc cérébral et du noyau accubens, du septum, des amygdales, de l'hippocampe, de l'hypothalamus du CoF et du CpF.
Les stimuli agréables créent un renforcement positif par l'intermédiaire de la dopamine.
L'alcool, par exemple, active ce système et en rompt le rétrocontrôle négatif en neutralisant les neurones GABAergiques .
La dépendance survient lorsque le COF est amoindri.
Le renforcement positif fort active le circuit de la récompense et renforce la mémorisation de l'expérience. « C'est bien ! » « Formidable !!! ». Peut-être réduit-il les risques de dépendance au thérapeute ?
Boucle de la nouveauté
Face à une information nouvelle le noyau accubens (opioïdes endogènes), le pallidum ventral et la substance noire activeront l'aire tegmentale ventrale qui renverra sur l'hippocampe un message riche en dopamine qui renforcera les capacités de Potentialisation Long Terme de l'hippocampe.
Chaque situation nouvelle se retrouve donc renforcée dans sa mise en mémoire.
La dopamine y joue un rôle important car les antagonistes de la dopamine inhibent ce circuit d'apprentissage chez le rat.
Chez les personnes dépressives, cette boucle est rompue rien ne leur semble nouveau.
L'état d'hypnose est souvent perçu comme favorisant la nouveauté et l'inattendu.
Profil d'attachement selon P.Vuilleumier (Lausanne)
- attachement évitant : striatum et Aire Tégmentale Ventrale hypo-actifs face aux visages marquant l'approbation ;
- attachement anxieux : amygdale dorsale G hyperactive face aux visages marquant des reproches ;
- attachement sécure : ni l'un ni l'autre ;
Ces éléments nous permettent de comprendre quel type de relation peut se mettre en place dès les premières secondes d'un échange. Combien le profil de cette relation peut être influencé par des données viscérales, instantanées et non conscientes. Ce sont des informations qui renforcent la compréhension des mécanismes de la fascination et, en particulier de la fascination morbide. Ils consolident la nécessité d'en apprendre le maniement afin de savoir installer rapidement une relation sécure. Plus spécifiquement encore, lorsqu'on souhaite travailler sur les états d'hypnose.
La dernière partie de cet article nous amènera à parcourir, dans des grandes lignes, les états pathologiques chroniques et leurs mécanismes neuro-physiologiques pour en extraire les valeurs fascinantes qu'ils induisent. Dans le but de bien comprendre combien il importe dans ces situations d'être attentif à mettre en place des mécanismes protecteurs de la relation. Afin d'être en mesure, lorsque les approches conventionnelles ont échoué, de rendre cette relation thérapeutique, ouverte et créatrice. D'éviter de répéter le renforcement catastrophique. De saisir comment l'apprentissage de l'hypnose médicale nous permet de construire des relations bénéfiques.
D-Pathologies psychiatriques chroniques
Anxiété
La peur, l'anxiété et l'angoisse désignent trois réalités distinctes. Elles peuvent aussi êtres considérés comme trois degrés d'un même état : la mise en jeu du système nerveux sympathique qui pousse à l'action quand celle-ci est impossible.
Les principales voies nerveuses à l'origine de cette réaction défensive qu'est la peur sont connues ainsi que les circuits du c½ur de ce système d'alarme, il s'agit des amygdales cérébrales.
L'hypnose est-elle une source d'apaisement des circuits de la peur par désactivation des amygdales cérébrales ? Est-elle un moyen de muscler les amygdales ? Je me plais à l'imaginer.
Circuit de la dissociation hystérique
La perception d'une action superactive le circuit des Neurones Miroirs moteurs, douloureux et affectif avec un renforcement considérable des valeurs émotionnelles chez les personnes dites « hystériques » ;
Un défaut de contrôle de ce circuit ou un apprentissage négatif particulièrement puissant peut rendre compte de ce phénomène ;
La force de ce système miroir au décours de la relation hypnotique est tel que l'hypnose a pu être réduite à un symptôme hystérique (cf Charcot). C'est si bien installé dans l'inconscient collectif que très souvent dans les différents secteurs où j'ai pu travaillé, les premiers patients qu'on m'adressait relevés de ce diagnostic passe-partout et négatif.
Soyons très prudents à cet égard.
Schizophrénies
L'hypothèse d'un trop fort reflux neuronal et synaptique au décours de l'adolescence semble rendre compte de l'affaiblissement de l'organisation psychique de certaines schizophrénies.
Il est illustré par le lien établis entre la prévalence de troubles schizophréniques chez des jeunes hommes et une grippe touchant leur maman au décours du quatrième mois de grossesse. Le virus de la grippe semble avoir marqué à l'excès les neurones devant subir une destruction lors du reflux neuronal
Dans l'intégration des informations chez les personnes schizophrènes, se produit une succession d'erreurs de perception qui finissent par brouiller l'organisation perceptuelle des évènements et inciter à fabriquer des réponses inadaptées.
Il a été montré de grandes difficultés dans l'encodage temporel des informations chez les personnes schizophrènes. C'est un sujet d'étude très riche à l'heure actuelle.
La dissociation psychotique est structurelle et induit des surcompensations sous formes de délires ou d'hallucinations, destructeur dans la construction de soi..
La dissociation hypnotique est fonctionnelle et réversible. Elle aboutie à une recomposition de la conscience de soi. Elle s'appuie parfois sur des hallucinations positives. Je m'en sert souvent en thérapie familiale pour permettre aux membres de la famille de partager des symptômes psychotiques (dissociation, hallucination, catalepsie ...) de façon ludique, dédramatisée et constructive.
Dépressions
Une des régions du cortex préfrontal les plus affectées à la fois dans la dépression et la phase maniaque est le cortex ventromédian.
Cette région nous permet de passer d'un affect à un autre tout en étant très impliquée dans le sentiment de plaisir et de renforcement positif.
Des études sur des personnes ayant une forme familiale de dépression ont montré que le cortex ventromédian pouvait être jusqu'à 40 % plus petit. En regardant au niveau cellulaire, c'était plutôt les cellules gliales (énergie) qui avaient disparues en très grand nombre.
Plusieurs expériences ont montré que ce « centre de contrôle des émotions » est presque inactif durant les phases de dépression mais devient hyperactif durant les phases maniaques.
Il explique aussi le fait pour les personnes maniaques de trouver du sens dans tout ce qu'elles font et la perte de sens globale pour la personne en dépression.
Peut-être est-ce le rôle du cortex ventromédian de nous faire vivre le sentiment syncrétique ou de congruence au décours d'une séance d'hypnose partagée.
Les connections entre le cortex ventromédian et le système limbique sont très denses.
Cette région est modulée de façon importante par les neurotransmetteurs impliqués dans la dépression.
Le cortex cingulaire semble impliquée dans la dépression. En dépression, on a observé une baisse d'activité. En crise maniaque une hyperactivité.
Mais la partie antérieure du cortex cingulaire, contrairement au reste de cette structure, devient quant à elle plus active durant une dépression.
Le cortex cingulaire antérieur agit comme une interface. Son activation chez le sujet normal contribuerait ainsi à focaliser notre attention sur les choses en provenance de notre propre corps ; la douleur ou les sentiments négatifs dans le cas de la dépression.
Pour des parents de patients unipolaires de premier degré, le risque est multiplié par 2 ou 3 ; pour les Troubles bipolaires le risque atteint 80%.
Il n'existe pas un gène mais un ensemble de gènes de vulnérabilité (Ph Gorwood).
Quatre zones en souffrance :
1-L'hippocampe, rôle du cortisol et du stress.
P.Videbech a étudié 351 personnes unipolaires versus 279 témoins danois:
volume hippocampe -10% ; plus le vol est bas plus la Dépression° est longue ; perte neuronale et de la neurogenèse ; rôle de la BDNF et problème de mémoire et d'inaptitude au changement;
2-Amygdales et peur suractivées de 44% chez 10 Dépressifs, même pendant le sommeil (W.Drevets 1992) ; hypersensibilité au stress, irritabilité, réactions émotionnelles amplifiées, anxiété ;
3-Cortex cingulaire antérieur : le Cortex préfrontal (cpfvm) est relié aux amygdales et à l'hippocampe par le cca qui défaille et ne permet plus de prendre une décision liée aux émotions ;
4-cortex préfrontal :
CpfG et mobilisation par inhibition de l'amygdale G des sentiments de réussite;
W.Devrets montre une fonte de 40% de la partie ventromédiane du cpf G chez le Dépressif ;
La stimulation magnétique externe du Cpf droit mobilise des sentiments négatifs (Ph Fossati) ;
Activité cpf en baisse pour réaliser une tâche émotionnelle comme calmer l'angoisse ; donc perte d'efficacité des ressources psychiques;
Cpf suractivé pour des taches ordinaires donc épuisement des ressources psychiques (cf Ph.Fossati).
L'hypnose viendrait réguler l'activité amygdalienne, réorganiser les relations entre les différents modules cérébraux et déconnecter les procédures psychiques épuisantes ; permettrait aussi de réduire le stress, de réactiver les circuits de la nouveauté, de réorganiser les liens entre le CCA et le CPF ou de réparer et régénérer les neurones de l'hippocampe.
Une manière de dépasser et de compenser une vulnérabilité établie.
TOC ou pensées figées (S.Chamberlain)
Le cortex orbitofrontal (COF) s'active dans les situations de renouvellement des pensées et d'adéquation à l'environnement
Exemple du choix visuels selon des règles changeantes ; il intervient dans l'aptitude à changer en quelques secondes de point de vue; Les personnes souffrant de TOC échouent à ce test et on constate une inactivité du COF; elles persévèrent dans la règle apparue en premier sans parvenir à en changer;
Exemple du lavage des mains, elles ne parviennent pas à intégrer le message « mains propres passons à autre chose » ; un rituel de lavage s'installe.
Des circuits cortico-striato-thalamiques sont dédiés à la persistance des idées; le COF est chargé de les moduler en imposant des changements de schémas mentaux en fonction des situations
Un COF défaillant est un facteur de risque pour les TOC. Les personnes apparentées aux personnes souffrant de TOC ont des troubles de fonctionnement du COF.
Les personnes établies dans des souffrances chroniques se maintiennent dans des schémas cognitifs négatifs, sans parvenir à les moduler et à les faire évoluer.
L'hypnose est, peut-être, une grande source de nouveauté et de réparation du COF, par sa capacité à rompre les schémas établis et à tester en « grandeur réelle » des procédures nouvelles, improbables et curieuses.
Claude Virot aime se consacrer à faire réussir une tâche lévitation de main à une personne en état de dépression. Il y voit une grande source de ressources. Peut-être, peut-on y voir aussi une phase de réparation des circuits qui prennent leur source dans le COF.
Je me rappelle d'une « Fleur » qui enfermée dans une dépression sévère récurrente s'est sentie suffisamment épanouie pour, un jour, nous annoncer la fin de sa thérapie. Elle avait bénéficié de 25 séances d'hypnose et de 250 séances de relaxation en groupe, sur les un et demi d'accompagnement, quasi quotidien, à l'hôpital de jours des Abymes, en Guadeloupe, où toute l'équipe avait pu suivre une formation aux thérapie brèves auprès du Dr Doutrelugne.
Le récit de cette expérience fera l'objet d'un futur article.
En conclusion
Je voudrais surtout que toutes ces données soient des métaphores vivantes et thérapeutiques.
Être en état d'hypnose c'est être dans un état de conscience particulier dont les caractéristiques peuvent être illustrées par les apports récents des neurosciences. Tant en ce qui concerne la conscience, les mémoires, les circuits d'intégration spécifique ou des états pathologique.
Connaître ces éléments nous aidera à garder une place académique pour partager, faire fructifier et amplifier nos connaissances dans le respect de notre sécurité.
Cette sécurité sera celle des personnes qui viennent enrichir notre savoir faire en nous offrant leur confiance et leurs univers intérieurs. Les personnes qui viennent rechercher une guidance dans les soins qui leurs semblent nécessaires.
Dans cet acte social profane de délivrer des soins, l'hypnose est une ressource utile. L'occasion d'un apprentissage partagé et sécurisé, des modulations créatrices des états de conscience sains ou pathologiques.
Chaque expérience est un enrichissement infiniment précieux.
Sachons le recevoir, le sécuriser et le partager.
Cet article est complémentaire de l'article intitulé « fascinations morbides et contre fascinations thérapeutiques ».
Références :
http://lecerveau.mcgill.ca
Samuel R. Chamberlain, Orbitofrontal Dysfunction in Patients with Obsessive-Compulsive Disorder and Their Unaffected Relatives, Science 18 July 2008:Vol. 321. no. 5887, pp. 421 - 422
Jean-Pierre Changeux, Du vrai, du beau, du bien. Une nouvelle approche neuronale, Odile Jacob, ISBN 978-2-7381-1904-9, novembre 2008, 145 x 220.
Conway MA, Fthenaki A. Disruption and loss of autobiographical memory. In : Cermak L, ed. Memory and its disorders. Amsterdam: Elsevier, 2000 : 281-312.
Stanislas Dehaene,Les Neurones de la lecture, Odile Jacob, 2007 (ISBN 978-2-7381-1974-2).
Gerald M. Edelman, Biologie de la conscience, Odile Jacob ISBN 978-2-7381-2071-7, mars 2008.
Philippe. Fossati ; Laboratoire Vulnérabilité, adaptation et psychopathologie (CNRS/université Paris VI).
Rodolfo R. Llinás: "I of the vortex. From Neurons to Self", pp. 66 et 233. MIT Press 2002, ISBN 0-262-62163-0.
Patrik VUILLEUMIER Mécanismes cérébraux du comportement et des fonctions cognitives CMU, GENEVE.